.
.
.
.
Want Wikipedia to look like this?   
Click here to upgrade your Wikipedia experience
Gladiateur | QuickiWiki

Gladiateur

  FR

Overview

Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Gladiateur (homonymie).

Les gladiateurs (du latin gladiatores signifiant « combattants à l'épée », ou « épéistes »[note 1]) étaient des combattants professionnels, dans la Rome antique. L’origine des combats de gladiateur se retrouve chez les Étrusques[1], qui avaient pour coutume de faire des victimes expiatoires parmi les ennemis vaincus, en les faisant s'entretuer pour honorer les mânes d’un défunt.

Une autre hypothèse donne une origine grecque aux combats de gladiateur : le combat en armes entre membre de la même famille avait pour but d'honorer la mémoire d'un mort. Les plus anciennes représentations de combats rituels en Italie ont été retrouvées en Campanie dans des tombes lucaniennes à Paestum, datées entre 370 et 340 av. J.-C.

À Rome, le plus ancien combat de gladiateurs mentionné dans les textes se déroule en 264 av. J.-C., sur le Forum Boarium, le marché aux bœufs de Rome, espace à caractère utilitaire et sans prestige situé près de l’extrémité nord du Circus Maximus. Ce combat fut rapidement suivi par de nombreux autres. Ainsi, en 105 av. J.-C., les jeux devinrent publics. Ils seront interdits au IVe siècle par l'empereur Constantin Ier, mesure sans effet réel avant la fin du IVe siècle. Plus que cette interdiction, c'est l’affaiblissement des villes et la récession économique qui provoquèrent la disparition des gladiateurs[2]. .

Pollice verso ou Bas Les Pouces de Jean-Léon Gérôme, 1872. Vision romantique de la gladiature, le geste du pouce tourné vers le bas pour décider de la mort des gladiateurs est aujourd'hui contesté ; selon des sources iconographiques le signe de la mort se faisait en tendant le pouce, et le reste de la main, vers son adversaire. - Gladiateur
Pollice verso ou Bas Les Pouces de Jean-Léon Gérôme, 1872. Vision romantique de la gladiature, le geste du pouce tourné vers le bas pour décider de la mort des gladiateurs est aujourd'hui contesté ; selon des sources iconographiques le signe de la mort se faisait en tendant le pouce, et le reste de la main, vers son adversaire.

La désacralisation des munera

À Rome, les combats de gladiateurs (munera) perdirent progressivement le caractère funéraire et religieux et cette proto-gladiature devint ambivalente, comme les autres spectacles, le munus sacré devenant un jeu (ludus) profane. On exerça un contrôle rigoureux pour le munus annuel que donnaient les préteurs afin de limiter le montant des sommes engagées. Il fut interdit d'organiser un munus sans autorisation préalable du sénat, d'en donner plus de deux fois par an, ou de faire paraître plus de 120 gladiateurs au cours d'un même spectacle. Les combats de gladiateurs privés passèrent sous le contrôle exclusif de l'État. Seul l'empereur put dépasser les limites fixées. Ainsi Auguste engagea-t-il sous son règne environ 10 000 gladiateurs, soit dix fois le maximum autorisé. Dès la fin du règne d'Auguste, le spectacle de chasse mettant en scène des animaux sauvages (venatio) se trouva associé aux combats de gladiateurs de façon très étroite, et l'on assista désormais à des spectacles complets, appelés munera legitima ou justa (combats réguliers) qui comprenaient des chasses et des combats d'animaux le matin, un intermède à la mi-journée et des combats de gladiateurs l'après-midi[3] : l’intermède de mi-journée, qui correspond au moment des repas, était le moments où des condamnés étaient forcés de combattre à des fauves, dépourvus de toute arme ; certains condamnés devaient également s'entretuer ; les deux guerriers ou le survivant étaient ensuite décapités. De midi aux heures les plus chaudes de la journée se déroulaient aussi les exécutions des condamnés à mort, le plus souvent en utilisant un mythe ; pour le mythe d’Icare par exemple, on collait au prisonnier des ailes avec de la cire et on le lâchait dans le vide depuis une construction prévue à cet effet.

La désacralisation des munera conduisit à la professionnalisation de la gladiature : au Ier siècle av. J.-C., on vit ainsi apparaître une gladiature ethnique entre prisonniers de guerre portant leurs armes nationales (Thraces, Samnites, Gaulois, etc.) puis une gladiature technique entre volontaires constituant de nouvelles catégories de gladiateurs (armaturae) : poursuivant (secutor), rétiaire, mirmillon, etc.[4]

L’engagement et le cursus des gladiateurs

Dès 109 avant notre ère les combattants deviennent des professionnels qui signent un contrat, l'auctoratus. Il n'y aucune distinction ethnique ou sexuelle (les combats de femmes, extrêmement rares, n'en étaient que plus recherchés). Les gladiateurs étaient engagés pour une durée de trois à cinq ans après laquelle ils étaient dégagés des termes du contrat. S'ils avaient bien combattu et acquis une renommée suffisante, ils avaient gagné assez d'argent pour s'assurer une vie d'un niveau supérieur et quitter ainsi la pauvreté.

À la fin de la République, le personnage de « l'engagé », l’auctoratus, apparaît fréquemment dans les atellanes, fables bouffonnes d'origine osque fort prisées à Rome. L'origine de cette pratique remonte à la haute époque républicaine, au temps où les puissantes familles (gentes) qui dominaient Rome s'entouraient d'une armée privée. La formule du serment gladiatorien est conservée dans plusieurs textes[5] et en particulier dans un passage de Pétrone

« Nous lui prêtâmes serment de supporter le feu, les chaînes, les coups, la mort par le fer… Comme des gladiateurs régulièrement engagés, nous consacrons de la façon la plus totale à notre maître, et notre corps et notre vie[6]. » Le nouveau gladiateur reconnaît donc au laniste un droit de torture et d'emprisonnement, en cas de désobéissance ou de manque de combativité.

Les écoles (ludi)

Reconstitution de combat de gladiateur dans les arènes d'Arles - Gladiateur
Reconstitution de combat de gladiateur dans les arènes d'Arles

Les combattants étaient entraînés dans des écoles de gladiateurs, les ludi (singulier: ludus). Ces écoles appartenaient à des lanistes, riches hommes libres étant propriétaire d'une école, ou à l'empereur via des écoles impériales. Elles étaient dispersées dans l'Empire : dans la péninsule Ibérique (en Bétique et en Tarraconaise), en Gaule narbonnaise (Nîmes, Narbonne, Draguignan, Die)… ; celles d'Aquilée et de Capoue étaient renommées. Dans la moitié orientale de l'Empire, celle d'Ancyre, de Thessalonique, de Pergame et d'Alexandrie étaient également réputées.

À côté de ces établissements impériaux, des ludi privés s'étaient multipliés. Toutefois, à Rome, la préparation des jeux constituait un monopole impérial. Quatre grandes écoles étaient implantées à proximité du Colisée : le ludus magnus, le ludus matutinus, le ludus dacicus et le ludus gallicus. Leur plan était identique, simple et fonctionnel : des cellules d'habitation et de service se déployaient autour d'une aire d'entraînement. La plus célèbre de ces écoles fut le ludus magnus, la grande caserne. Son directeur était un personnage important car, pour la plèbe romaine comme pour l'empereur, l'organisation des spectacles occupait une place de choix dans la vie quotidienne de la cité. Cette charge bien payée (200 000 sesterces) avait les faveurs de l'empereur.

À Pompéi, deux casernes de gladiateurs se seraient succédé. La présence de quelque 120 graffitis, probablement gravés par des gladiateurs en souvenir de leurs victoires ou de leurs conquêtes amoureuses, a amené les spécialistes à identifier une demeure connue sous le nom de maison des gladiateurs (V, 5,3) avec une caserne. On estime que 5 à 20 gladiateurs auraient pu y loger[7]. Après que la ville eut été touchée par un tremblement de terre en 62 qui endommagea probablement cet édifice, le quadriportique, situé derrière le mur de scène du théâtre, fut transformé en caserne. On a déduit la fonction du bâtiment des quinze casques ainsi que d'autres pièces défensives, parmi lesquelles des (jambières et des épaulières), découverts lors des premières fouilles en 1766. Tous les accès, sauf l'entrée principale, furent condamnés. Des cellules furent créées au rez-de-chaussée et à l'étage, ainsi qu'une immense cuisine, une salle de réunion et un appartement pour le laniste autour de l'aire centrale qui servait de terrain d'entraînement.

En 2011, un ludus gladiatorius a été découvert à proximité du grand amphithéâtre de la ville antique de Carnuntum, près de Vienne ( Autriche) . Le complexe, détecté au radar par les archéologues, est d'une superficie de 3000 m², est composé de plusieurs bâtiments entourant une cour intérieure, comprenant une petite arène d'entrainement de 20 m². Les cellules des gladiateurs sont de petites pièces individuelles de 5 m².

Suivant le rythme des combats, les gladiateurs voyageaient fréquemment d'un bout à l'autre de l'Empire. Cette mobilité variait suivant les contrats négociés entre les munéraires et les lanistes. Pompéi attirait des gladiateurs venus de toute la Campanie et de Capoue notamment. Ce nomadisme affectait bien entendu le personnel du spectacle dans son ensemble. Les mouvements se faisaient aussi bien de l'Occident vers l'Orient que dans le sens inverse. Beaucoup de gladiateurs grecs ou orientaux furent ainsi engagés dans les combats de gladiateurs en Occident. Des troupes de combattants de l'arène suivaient aussi les empereurs en déplacement : Caligula, en visite à Lyon, donna un munus avec ses propres hommes.

Types de gladiateurs

Des nombreux types de gladiateurs (armaturæ) sont énumérées dans les textes historiques. Cependant, seulement six composent l'énorme majorité du corpus iconographique connu actuellement :

  • Provocator : gladiateur qui commence, qui débute. C'est avec ce type de gladiateur que l'après-midi de jeux démarre, mais aussi c'est par cette armatura que le gladiateur débutant commencera son cursus au sein de l'école de gladiateur.
  • Thrace : gladiateur de la famille à petit bouclier, les parmati. Son adversaire principal est le mirmillon, et plus rarement l'hoplomaque.
  • Mirmillon : gladiateur de la famille à grand bouclier, les scutati. Son adversaire principal est le thrace et le rétiaire, bien que durant l'évolution de sa gladiature, le mirmillon affrontant le rétiaire va se spécialiser pour devenir le secutor.
  • Hoplomaque : gladiateur de la famille à petit bouclier, les parmati. Son adverseraire principal est le Mirmillon, plus rarement il se verra affronter le Thrace.
  • Secutor : gladiateur de la famille à grand bouclier, les scutati. Son équipement évolue à partir du Mirmillon afin d'être mieux équipé à affronter le Rétiaire, qui est son adversaire principal.
  • Rétiaire : gladiateur de la famille à petit bouclier, les parmati. Son adverseraire principal est le Mirmillon, puis une fois ce dernier spécialisé, il deviendra le secutor

L'évolution dans une de deux familles, petits ou grands boucliers, se fait suivant les aptitudes au combat et les besoins de l'école. Ainsi, suivant le contexte et les qualités du combattant, le gladiateur, une fois formé et passé l'étape du provocator, va être dirigé vers une des deux familles. Très certainement cette décision était prise par l'entraîneur (doctor) en accord avec le laniste, comme dans les clubs sportifs modernes. Le cursus "gladiatorien" est le suivant

  1. Provocator
  2. Thrace / Mirmillon
  3. Hoplomaque / Mirmillon
  4. rétiaire / Secutor

Ainsi il n'est, par exemple, pas possible de devenir rétiaire sans être passé au préalable Provocator, puis Thrace, puis Hoplomaque. Cette hiérarchisation est la conséquence de l'accroissement du degré technique nécessaire au maniement des panoplies. En effet, les techniques de combats changent suivant les couples de gladiateurs et deviennent de plus en plus complexes. C'est pourquoi un rétiaire est obligatoirement un gladiateur bien plus expérimenté qu'un Thrace.

Surnom

L’onomastique latine traditionnelle (prénom, nom, surnom) sert rarement pour désigner les gladiateurs : ils sont nommés, le plus souvent, par un sobriquet familier à tous les amateurs de munera. Ces noms d'arène font référence aux divinités et aux héros de la mythologie — Hermès, Astyanax, Persée, Cupidon, Ajax, Patrocle, Bellérophon — ou mettent l'accent sur les qualités physiques du gladiateur, la force : Héracléa (« le Costaud »), Ursius (« Fort comme un ours »), la vivacité : Fulgur (« la Foudre »), Polydromos, Okus, Callidromos (« le Rapide »). D'autres évoquent la chance : Faustus (« Le Veinard »), Félix (« L'Heureux »); Victor ou Nicéphoros (« La Victoire »), ou le souvenir d'anciens gladiateurs vedettes, tel Columbus de Nîmes, qui portait le nom d'un héros de l'arène sous le règne de Caligula. D'autres, enfin, doivent leur sobriquet à leur prestance : Ametystus, Beryllus (« brillant », « d'un éclat précieux »), « Narcissos » ou « Callimorphos » (« Le Bien Bâti »).

Ils s’entraînaient dans une école, le ludus : Le Ludus Magnus est l’une des quatre casernes construites par Domitien - outre le Ludus Gallicus, le Ludus Matutinus et le Ludus Dacicus[8]. Lorsque le nouveau gladiateur arrivait dans l’école [9], il commençait par être provocator : cette phase de l'apprentissage du gladiateur, chargé de défier l'adversaire, était le passage obligé de tous les nouveaux venus, car c'était avec cette catégorie (armatura) que les mouvements de bases étaient assimilés par les nouveaux élèves. Puis s'étant un peu plus aguerri, le gladiateur pouvait choisir une catégorie d'armes, selon ses aptitudes physiques, ou selon les besoins du laniste. Parmi la vingtaine d’armaturae connues, seules cinq ou six sont identifiées avec précision.

Le gladiateur surnommé Astyanax était un poursuivant (secutor). Il existe une mosaïque datant du IVe siècle qui le montre, entre autres scènes, combattant durant l'entraînement contre un rétiaire du nom de Kalendio. Quant à Spartacus, c'était un parmularius thrace, c'est-à-dire un combattant armé d’un petit bouclier rond appelé parma.

Héros de l'arène

Gladiateurs et bestaires (mosaïque de Zliten) - Gladiateur
Gladiateurs et bestaires (mosaïque de Zliten)

Des inscriptions détaillent souvent le palmarès des meilleurs gladiateurs. Maximus, du ludus impérial de Capoue, dans la première moitié du Ier siècle, fut 40 fois vainqueur et obtint 36 couronnes[10]. Les combattants méritants pouvaient être récompensés par un affranchissement : les gladiateurs libérés (liberati ou rudiarii) étaient alors dégagés de leur obligation de combattre. Certains, devenus riches, se transformaient en notables, propriétaires d'une belle maison de campagne tandis que leurs fils cherchaient à occuper au théâtre les places des chevaliers[11]. Mais ces carrières au dénouement heureux étaient l'exception : d'après les épitaphes, l'âge moyen du décès des gladiateurs était situé entre 20 et 30 ans. Il existe quelques situations exceptionnelles : une stèle du musée archéologique d'Istanbul montre deux gladiateurs, Néôn et Philémôn, réformés sans doute pour des raisons de santé[12].

Les gladiateurs les plus talentueux jouissaient d'une immense popularité : un thrace surnommé Suspirium Puellarum, « le soupir des jeunes filles » mettait en transe les femmes de Pompéi. Les nombreux graffitis qui mettent en scène les acteurs de l'arène témoignent aussi de cet engouement. Dans l'une de ses Satires, le poète Juvénal a raillé ces passions incontrôlées : Epia, une épouse de sénateur, abandonna son notable de mari pour suivre un aventurier, Sergiolus, un gladiateur charismatique, malgré son bras tailladé, son nez cassé et son œil poché et l'accompagna jusqu'en Égypte[13].

Vie et mort

Combat de gladiateurs, British Museum. - Gladiateur
Combat de gladiateurs, British Museum.

Les nombreuses inscriptions funéraires faisant référence aux gladiateurs permettent d'approcher leur entourage et le cadre de leur vie privée. Beaucoup de combattants vivaient avec une femme et des enfants. Elles sont souvent à l'origine des épitaphes. Lorsque le nomadisme de la profession interdisait toute vie familiale, les amis rendaient parfois des honneurs funèbres au gladiateur mort au combat.

Certaines confréries de chasseurs ou de gladiateurs étaient unies par un culte commun. Ces confréries (sodalitates) veillaient aux funérailles de chacun de leurs membres. Les liens de solidarité ainsi créés étaient plus forts que les rapports professionnels existant au sein des familiae. On connaît l'existence de collèges de ce type en Narbonnaise (près de Dié), mais aussi à Rome : au Ier siècle, le rétiaire T. Claudius Firmus appartenait à une sodalité du Ludus Magnus[14]. Commode favorisa ces associations, notamment par ses rapports étroits avec le collège des Silvani Aure­liani, qu'une inscription trouvée en 1755 près de Rome nous fait connaître[15]. Cette confrérie comprenait 32 gladiateurs divisés en trois décuries, et un groupe de deux. La première rassemblait des vétérans de condition servile ; la deuxième mêlait à des débutants (tirones), un armurier, un vétéran et un masseur ; la troisième réunissait exclusivement des tirones ; dans la quatrième, enfin, se trouvaient un paegniarius et un thrace.

Ces sodalitates, auxquelles étaient attachés un emblème et un chiffre, se développèrent surtout parmi les venatores d'Afrique proconsulaire. Le croissant sur hampe et le chiffre III étaient les signes distinctifs des Telegenii, dont quatre membres sont représentés sur la mosaïque de Smirat. Depuis les recherches d'A. Beschaouch, on connaît plusieurs autres associations de venatores en Afrique romaine.

À ses lointaines origines, le munus était lié au rituel funéraire et, bien que l'évolution se fût faite dans le sens d'une laïcisation, son caractère religieux n'a jamais disparu. Dans la mesure où ils exigeaient du sang versé, les munera sont restés, plus encore que les autres ludi, attachés au culte des divinités infernales.

« Il faut maintenant dire en peu de mots pourquoi les généraux qui partaient pour une expédition avaient coutume de donner des combats de gladiateurs et le spectacle de grandes chasses. Suivant quelques auteurs, les anciens avaient imaginé cet usage pour détourner sur l'ennemi la colère céleste, convaincus que le sang de citoyens, versé, comme celui des victimes, dans ces luttes imitées de la guerre, suffirait pour en rassasier Némésis, c'est-à-dire la fortune des batailles[16]. »

Dans plusieurs amphithéâtres, des petites chapelles qui communiquaient avec l'arène servaient aux dévotions précédant les combats. Très souvent, les sacella étaient consacrées à Némésis : c'est le cas à Mérida, à Tarragone, à Italica (Espagne), à Carnuntum (Autriche) où les deux amphithéâtres - civil et militaire - possédaient chacun une chapelle placée sous la protection de la déesse.

Les stèles funéraires apportent aussi leur témoignage sur l'importance de ce culte parmi le monde de l’arène : le rétiaire Glaucus, mort à Vérone au cours de son huitième combat, reproche à la déesse de l'avoir trahi ; tandis que Lèotes, primus palus, à Halicarnasse, lui offre bijoux et vêtements.

Hercule, dieu des combattants athlétiques et intrépides, était lui aussi souvent invoqué par les gladiateurs. Avant de se retirer à la campagne, le gladiateur libéré Veianus suspendit ses armes à un pilier du temple d'Hercule[17]. Nous savons par Tertullien que Mars et Diane présidaient également aux duels et aux chasses[18] : le dieu de la guerre veillait aussi sur les gladiateurs dont le métier était proche de celui des soldats, de même que Diane, déesse de la chasse, assurait sa protection aux chasseurs de l'amphithéâtre.

Les souterrains obscurs où l'on déposait les dépouilles des gladiateurs et des chasseurs étaient le lieu d'étranges pratiques. Dans les sous-sols de l'arène de Carthage ont été découverts les documents les plus significatifs : 55 lamelles de plomb enroulées sur elles-mêmes portant gravés des textes de malédiction. Elles étaient déposées auprès des cadavres pour mieux déchaîner les divinités maléfiques contre les gladiateurs en activité, contre Gallicus, par exemple :

« Pour qu'il ne puisse tuer ni l'ours, ni le taureau, mais qu'il soit tué par eux… qu'il soit blessé, tué, exterminé ! ». Ou contre Marussus pour « qu'il succombe aux morsures des fauves, des taureaux, des sangliers et des lions ! » Ces rites de magie noire se déroulaient aussi à Trêves. Les démons étaient d'ailleurs particulièrement sensibles au sang de l’arène : Apulée rapporte que la magicienne Pamphile utilisait celui des écorchés et des gladiateurs pour la préparation de ses philtres[19].

Lors d'une exécution, le gladiateur dirigeait la lame vers le centre de la cage thoracique, atteignant directement le cœur. Le professeur Groschmidt a noté que les blessures causées durant le combat (fractures et autres atteintes osseuses, plaies) étaient parfaitement soignées, ce qui indique que les gladiateurs jouissaient de soins d'excellente qualité.

Repères historiques

  • -105. Pratiqués depuis l’époque étrusque[20], les combats de gladiateurs sont intégrés aux jeux publics romains par Marius. Ces combats parfois mortels étaient très codifiés et ne ressemblent en rien aux caricatures présentées par les films hollywoodiens notamment. Toutefois, les Romains s’interrogèrent très tôt sur l’intérêt et la légitimité d’un tel sport-spectacle. La gladiature nécessitait en effet le renoncement aux droits liés à la citoyenneté romaine ; c’est presque une hérésie pour un Romain ! Le jeu en valait pourtant la chandelle pour certains, car la gloire et la fortune récoltées dans l’arène étaient considérables. Les historiens étudient désormais avec un œil nouveau la gladiature romaine dans une optique plus sportive, tranchant ainsi nettement avec l'historiographie classique où prévalent souvent des textes chrétiens très hostiles à cette pratique.
  • -73, Guerre servile des gladiateurs
  • 27. Catastrophe de Fidènes. Profitant de la politique d’austérité de Tibère, certains opportunistes mettent sur pied des épreuves qui ne bénéficient pas toujours des meilleures conditions de sécurité. La catastrophe de Fidènes marque profondément les Romains suite à l’effondrement d’un amphithéâtre édifié à la hâte à quelques kilomètres de Rome… Tacite qui relate la tragédie dans ses Annales, cite le chiffre de 50 000 morts et blessés. À la suite de cette catastrophe, la législation sur l’organisation de spectacles sportifs fut très sévèrement réglementée dans l’Empire. La gladiature n’est pas pratiquée partout dans l’Empire ; en Égypte et au Moyen-Orient en particulier on se contente des courses de chars, le sport roi de l'Antiquité.
  • 37. À contre-courant du règne de Tibère, l'empereur romain Caligula (37-41) multiplie le nombre des courses de chars et autres épreuves sportives à Rome. Il privilégie également la gladiature qui, dès lors, fait figure de grand sport romain, à l’image de la boxe et de la course de chars.
  • 47 : sous le règne de Claude, le massacre des prisonniers bretons enrôlés comme gladiateurs, est demeuré célèbre.
  • 1er octobre 326. Constantin Ier prend la première mesure contre la gladiature par l'édit de Béryte. Par cette mesure, qui n'était sans doute applicable que dans la partie orientale de l'Empire, l'empereur prescrit que des criminels condamnés à devenir gladiateurs soient désormais envoyés travailler dans les mines[21].
  • 399. Sous la pression chrétienne, fermeture des écoles de gladiateurs à Rome. Ce « sport-spectacle » romain est honni par les chrétiens qui ne parviennent toutefois pas à en interdire la pratique, surtout à Rome.
  • 404. L'empereur Honorius interdit les combats de gladiateurs suite à une rixe dans le Colisée[22].
  • 418. Derniers combats de gladiateurs à Rome, soit près d'un siècle après l'interdiction promulguée par l'empereur Constantin.

Vocabulaire (gladiature)

Reconstitution d'un combat en Allemagne en 2005. - Gladiateur
Reconstitution d'un combat en Allemagne en 2005.
  • Andabate : gladiateur à cheval armé d'un glaive qui combattait en aveugle sans armes défensives. Il portait une cloche en main gauche ; il n'y a que très peu d'informations le concernant, des chercheurs doutent même de son existence[23].
  • Armatura (plur. Armaturae) : catégorie de gladiateur. Les différents types se différenciaient par les armes utilisées, mais aussi par les techniques de combat.
  • Bestiaire : gladiateur combattant des bêtes sauvages, ou condamné à mort par l'exposition aux bêtes.
  • Caternaire : gladiateur ne combattant que par groupe.
  • Crupellaire : spécificité gauloise, gladiateur « lourd ».
  • Dimachère : gladiateur ayant une arme dans chaque main. Il était alors ambidextre (certains auteurs voient en lui un autre nom du scissor).
  • Essédaire (essedarius) : gladiateur qui combattait du haut d'un char.
  • Fortus : un gladiateur en réussite
  • Galerus : pièce métallique montante jusqu'au milieu de la joue qui protégeait l'épaule gauche du rétiaire ainsi qu'une partie de son visage.
  • Gladius : glaive.
  • Hoplomaque (hoplomachus) : gladiateur armé d'une lance, d'un glaive et d'un petit bouclier rond affrontant le mirmillon et le Thrace.
  • Ludi : jeux donnés à date fixe ou en des circonstances particulières, pour célébrer une fête ou un événement exceptionnel.
  • Laniste (lanista) : propriétaire d'une troupe de gladiateurs qu'il louait ou vendait à un editor désireux d'organiser un spectacle.
  • Laquearius : gladiateur qui avait pour arme un lacet étrangleur.
  • Liberatio : acte qui libérait un gladiateur de l'obligation de combattre.
  • Manica : protection de tissu rembourré, de cuir, d'écaille de métal ou de maille qui couvrait le bras droit (ou gauche pour le rétiaire). La main droite était quant à elle protégée par un gant de cuir.
Un mirmillon. - Gladiateur
Un mirmillon.
  • Mirmillon ou myrmillon (murmillo) : gladiateur « lourd » se battant principalement contre le thrace et l'hoplomaque. Au début il combat également contre le rétiaire, mais bien vite le sécutor devient l'adversaire privilégié de ce dernier. Il est armé d'un gladius, et protégé par un casque, un scutum, une manica, et une ocrea courte.
  • Munéraire (munerarius) : éditeur du munus. Dans la Rome impériale, les plus importants étaient l'empereur et les hauts magistrats (préteurs, édiles, questeurs, consuls) ; en province, de riches notables ou des magistrats locaux.
  • Munus (plur. munera) : combat de gladiateurs. À l'origine, « cadeau » offert à l'occasion de funérailles.
  • Ocrea : pièce de métal et de cuir protégeant la jambe. Certains gladiateurs n'en portaient qu'une courte, comme le sécutor, le provocator et le mirmillon, et d'autres deux hautes comme le thrace et l'hoplomaque.
  • Palus : pieu sur lequel s'entraînaient les gladiateurs.
  • Parmularius : gladiateur de la classe dite Thrace, ainsi nommée du fait de la parma threcidica (de parma : « bouclier »).
  • Provocator : armatura par laquelle tout gladiateur débutait sa carrière, du Ier au IIIe siècle. Il est équipé d'un glaive, d'un casque fermé devant sans crête, d'une ocrea montant jusqu'au genou, d'une protection pectorale et d'un bouclier moyen utilisé en percussion. Les provocatores s'affrontent entre eux.
  • Rétiaire (retiarius) : gladiateur léger, équipé d'un trident, d'un filet et d'un poignard. Il ne portait pas de casque, sa seule protection était le galerus et la "manica".
  • Sagittarius : combattant armé d'un arc (son nom signifie "archer").
  • Samnite : type ancien de gladiateur dont le nom évoque les redoutables guerriers du sud de l'Italie qui s'opposèrent à Rome au IVe siècle av. J.-C.
  • Scutum : long bouclier rectangulaire & cintré.
  • Secutor : « le poursuivant » Évolution du Mirmillon, il est l'adversaire du rétiaire, c'était un gladiateur appartenant à la classe des scutati, il est considéré comme un combattant « lourd ». Il est équipé d'un glaive, d'une manica, d'une ocrea courte, d'un grand bouclier "scutum". Son casque à large rebords a une crête arrondie pour éviter d'accrocher le filet du rétiaire.
  • Scissor : « celui qui tranche ou qui taille ». Armatura rare qui apparaît dès le Ier siècle. Le scissor, un « anti-rétiaire », constitue une évolution du secutor. Il conserve son casque mais remplace son scutum par un manchon métallique terminé par une demi-lune tranchante. Il est également protégé par une lorica, une armure d'écailles en métal ou de maille.
  • Thrace : gladiateur léger muni d'une dague courbe, la sica supina ou falx supina, d'un petit bouclier carré et de 2 ocreae hautes.
  • Tiro (pl. tirones) : gladiateur novice (le terme s'emploie aussi pour un soldat novice, un "bleu").
  • Venatio (plur. venationes) : chasse, combat d'animaux entre eux ou contre des hommes, sous toutes ses formes.
  • Venator : combattant prenant part à une venatio. Chasseur d'animaux sauvages destinés à l'arène, souvent confondu avec les gladiateurs et les condamnés à mort "par les fauves" (damnatio ad bestias).

Idées reçues

La formule « Ave Caesar, morituri te salutant. » pouvant être traduite par « Avé César, ceux qui vont mourir te saluent. » n'était pas prononcée de façon rituelle par les gladiateurs avant de combattre à mort. En réalité cette phrase, authentique, a été prononcée vers 52 par des soldats condamnés pour faute grave, devant se battre à mort lors d'une naumachie organisée par l'empereur Claude (-10 – 54) afin de fêter la fin des travaux d’assèchement du lac Fucin[24].

Les combats se sont avérés être en réalité infiniment moins mortels et cruels que le montrent les films cinématographiques (péplums). Ballet, Bazin et Vranceanu (2012, 2013) démontrent que, in fine, des stratégies coopératives semblent émerger dans l'arène. Cette coopération correspondait aux situations de professionnalisation des gladiateurs issues d'écoles de gladiature. Certes, les combats étaient sanglants et violents mais pas si éloignés que cela des pratiques sportives actuelles (catch). Les combats étaient ainsi très codifiés et suivaient une règle avancée par l'arbitre du jeu (summa rudis) et son second (secunda rudis) ainsi que par la sentence édictée par le juge-arbitre (munerarius). La férocité des combats n'était souvent qu'apparente car ces derniers respectaient une complexité. Il s'agissait avant tout de livrer un spectacle de qualité devant un public averti, emprunt d’esthétisme et non pas une mise à mort (Veyne, 2004)[25]. Il en ressort que la motivation des combattants était la richesse et la gloire mais à condition d'assurer un "beau" spectacle. La finalité des affrontements n'était pas de tuer mais de provoquer des blessures conduisant à l'abandon. Il y a donc une réelle coopération au sein des gladiateurs (et les risques de décès restaient très limités). "Ces règles de coopération, tout en réduisant la probabilité de mort dans l'arène, permettaient de renforcer la qualité du spectacle, et de fait, délimitaient le champ de la concurrence pour qu'elle soit durable, i.e. éviter la disparition par mort de trop de concurrents. (...) l'issue coopérative peut ainsi être assimilée à un équilibre de Nash", Ballet, Bazin et Vranceanu (2013).

Les gestes du pouce, rendus célèbres par le tableau de Gérôme, que le pouce soit tourné vers le bas pour demander la mort d'un gladiateur vaincu, ou vers le haut pour demander sa grâce, et que l'on retrouve dans la plupart des ouvrages de vulgarisation sur le sujet, font cependant l'objet d'interprétations différentes : les textes de l'Antiquité, ceux de Juvénal et de Prudence en particulier[26], évoquent bien le peuple en train d'ordonner la mort d'un gladiateur « en renversant le pouce » (en latin : verso pollice) ; mais certains latinistes interprètent plutôt ces deux mots comme « l'index pointé » vers le gladiateur qu'on voulait voir mourir[27].

Gladiateurs célèbres

Dans l'art

Au cinéma, le genre du péplum désigne les films dont l'action se situe historiquement dans l'Antiquité et notamment celle de la Rome Antique. De nombreux péplums ont mis en scène la vie quotidienne des gladiateurs et ont reconstitué leurs combats dans l'arène. Parmi les plus connus, on peut citer Ben-Hur (de William Wyler, sorti en 1959), Spartacus (de Stanley Kubrick, sorti en 1960), Le Fils de Spartacus (de Sergio Corbucci, sorti en 1962), Gladiator (de Ridley Scott, sorti en 2000), ou encore la série télévisée Spartacus : Le Sang des gladiateurs (de Steven S. DeKnight, Robert Tapert et Sam Raimi, sorti en 2010). Des documentaires ont également été consacrés au sujet, comme Gladiateurs, docu fiction franco-britannique diffusé en 2004 et inspiré de la vie du gladiateur Verus.

Notes et références

Notes
  1. Le gladius était une épée répandue dans la Rome antique.
Références
  1. Notes sur l’Énéide par Sylvie Laigneau, parues chez Le Livre de poche (Coll. « Classiques » [2004])
  2. Eric Teyssier, Qu'est-ce que la gladiature, Histoire antique & médiévale, HS23, p. 19
  3. Cfr. 7e des Lettres à Lucilius, traduites par Joseph Baillard, revues par Cyril Morana l’édition de 2013 aux Mille et Une Nuits (ISBN 978-2-84205-637-7)
  4. Eric Teyssier, Spartacus : Entre le mythe et l'Histoire, Librairie académique Perrin, 2012.
  5. Sénèque, Ad. Lucil., IV, 37, 1-2; Horace, Sat., 11,7,58-59
  6. Pétrone, Sati­ricon, 117
  7. Joanne Berry, The Complete Pompeii, Thames & Hudson, 2010, p. 143
  8. Filippo Coarelli, traduit de l’italien par Roger Hanoune, Guide archéologique de Rome (édition originale italienne 1980) Hachette, 1998, (ISBN 2012354289), p. 135-137
  9. . Le mot ludus désigne cette école, mais le terme désigne également d’autres forme d’établissement d'apprentissage.
  10. CIL, VI, 33952
  11. Juvénal, III, 158
  12. Hellenica, V, no 320
  13. Juvénal, Satires, VI,82-114
  14. CIL, VI, 76 59
  15. CIL, VI, 631
  16. Histoire Auguste, «Maximus et Balbinus », VIII
  17. Horace, Ep. l, 1, 4-5
  18. De Spect., XII, 7
  19. Apulée, Les Métamorphoses, III, 17; 5
  20. Nicolas de Damas, « sur l'origine étrusque de la gladiature romaine » in Raccolta di contributi in memoria di Ettore Lepore, sous la direction de A. Mele, Naples
  21. Anne Bernet, Les Gladiateurs, Perrin, 2002, p. 345-346
  22. Éric Teyssier, La Mort en face : Le Dossier gladiateurs, Actes Sud,‎ 2009, p. 477
  23. http://dvlf.uchicago.edu/mot/andabate
  24. Dossiers - Quelques idées reçues à propos de Rome - Aue, Caesar, morituri te salutant sur www.class.ulg.ac.be
  25. Veyne Paul, (2004), « Les gladiateurs ou la mort en spectacle », L’Histoire, n°290, pp. 77-83
  26. Juvénal, Satires III, 36-37.
  27. Dossiers - Quelques idées reçues à propos de Rome - Pouce ! sur www.class.ulg.ac.be

Annexes

Sur les autres projets Wikimedia :

Bibliographie

  • Ballet Jérôme, Bazin Damien, Vranceanu Radu, (2012), “Le jeu des Gladiators: un spectacle de qualité”, Mathématiques et Sciences Humaines, vol.3, n° 195, pp.73-83, Automne. http://msh.revues.org/12069

Ballet Jérôme, Bazin Damien, Vranceanu Radu, (2013), “A Note on Cooperative Strategies in Gladiators”, Games, vol.4, n°2, pp. 200-207. (DOI: 10.3390/g4020200)

  • Anne Bernet, Les Gladiateurs, Perrin, 2002.
  • Éric Teyssier et Brice Lopez, Gladiateurs. Des sources à l'expérimentation, Paris, Éditions Errance, 2005, 154 p.
  • Georges Ville, La Gladiature en Occident, École française de Rome, 1981.
  • Éric Teyssier, La mort en face. Le dossier gladiateurs, Actes Sud, 2009.

Articles connexes

Liens externes

This page is based on data from Wikipedia (read/edit), Freebase, Amazon and YouTube under respective licenses.
Text is released under the Creative Commons Attribution-ShareAlike License.